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Juliénas le truculent
Point de départ de la culture de la vigne dans le Beaujolais, la vocation viticole de Juliénas remonterait à plus de deux mille ans. Juliénas et Jullié, deux des quatre communes productrices de l'appellation, devraient d'ailleurs leur nom à Jules César lui-même Il est certain qu'à la période gallo-romaine, des ceps étaient cultivés sur ces coteaux. Ils s'étagent aujourd'hui entre 230 m et 430 m.
A l'extrême nord-ouest du
vignoble, jouxtant la Saône-et-Loire et le
Mâconnais, la délimitation du cru
s'étend sur quatre villages : Juliénas,
Jullié, Emeringes et Pruzilly, ce dernier marquant
une incursion de l'appellation en Saône-et-Loire. Dans la zone hercynienne constituée à l'ère primaire, on trouve aussi des porphyres et des veines de manganèse. Sols : granitiques à l'ouest, alluvions argileuses à l'est ; robe : rubis intense et profond ; arômes : fraise, violette, cannelle, groseille et pivoine ; qualités gustatives : charnu et charpenté, discrètement épicé, avec une belle longueur en bouche. Date de naissance de l'appellation : 11 mars 1938 ; nombre d'hectares : 595, cultivés par 80 vignerons ; production moyenne/an : 34 000 hl La cave du Bois de la Salle. Au-dessus du village, en aplomb de la petite route qui mène à Prusilly, se dresse un imposant bâtiment : un ancien prieuré que jouxte un édifice contemporain. C'est la cave coopérative de Juliénas où le 1/3 de l'appellation est vinifié dans un chai de conception très moderne, à partir de la production de 255 viticulteurs exploitant une superficie de 250 ha. Engagée sur la voie de la traçabilité et du respect des terroirs, la cave du Bois de la Salle, premier producteur de l'appellation, propose des cuvées par lieux-dits et, ainsi, des vins d'une grande typicité. Les vins sont musclés, de garde. Le cru est viril et truculent. Avec, à son actif historique, deux " ambassadeurs " hauts en couleurs dont on se raconte encore les frasques, dans les caves de Juliénas : Toto Dubois et Victor Peyret. Avant de venir cultiver sa vigne, le premier était journaliste au " Salut Public ", à Lyon, et lié au directeur du Canard Enchaîné, Maurice Maréchal. Le second dirigeait, au Château des Capitans, une petite affaire de négoce en vins et fréquentait le dessinateur Henri Monnier qui l'introduisit auprès des chansonniers de Montmartre. Bénéficiant de ces amitiés parisiennes - qui n'hésitaient pas à venir s'encanailler dans le vignoble -, Juliénas s'arrogea vite le titre de " cru des journalistes ", les articles pleins de sève publiés, à l'époque, par le Canard Enchaîné y contribuant pleinement. En 1963, le prix Victor Peyret est créé : il est décerné chaque année, le deuxième dimanche de novembre, à un homme de lettres, journaliste, dessinateur, humoriste qui a servi, avec talent, la cause du Juliénas. |