Chénas

le plus rare est racé

 

De son lointain passé de commune forestière plantée de chênes, Chénas n'a gardé que le nom. Peu à peu défrichée, d'abord par les gallo-romains, puis par les ordres monastiques, enfin sur ordonnance de Philippe V le Long prescrivant le remplacement des arbres par des ceps sur les pentes de la montagne de Rémont, la bourgade est aujourd'hui, où que l'on regarde, entourée de vignes. A qui les doit-on exactement ? Rien n'est tranché.

Par contre, ce dont on est sûr, c'est que, sous l'ancien régime, les familles nobles de la région se disputaient les fiefs de Chénas et les substantiels revenus que procurait la vigne. Au XVIIIè, Chénas était connue pour exporter ses vins à grands frais à Paris. Louis XIII en faisait son vin favori. Et Brac de la Perrière, premier historiographe de la viticulture beaujolaise, inscrivait Chénas, en 1769, comme l'un des meilleurs " climats " du Beaujolais. Pourtant, ironie du sort, le village de Chénas faillit ne pas donner son nom à une appellation contrôlée. En 1924, en effet, le tribunal de Mâcon retint une grande partie de la commune pour la production du prestigieux voisin, le Moulin-à-Vent. Les vignerons de Chénas, ne voulant pas abandonner leur bannière, tendirent la main à ceux de la Chapelle de Guinchay dont les coteaux sont le prolongement naturel de leur terroir. Ainsi fut constituée l'appellation Chénas, en 1936.

Sols : d'origine granitique dans les parties hautes de l'appellation, puis silico-argileux ;

robe : rubis teintée de grenat ;

arômes : floraux (pivoine et rose), nuancés de notes épicées et boisées en vieillissant ;

qualités gustatives : vin de garde généreux bien charpenté, tendre en bouche

Date de naissance de l'appellation : 11 septembre 1936 ; nombre d'hectares : 280, cultivés par 200 vignerons ; production moyenne/an : 16 000 hl

Légende ?

L'histoire n'est certainement pas exacte, mais colportée de cave en cave.

Venant de Ligurie, un homme besogneux aurait, jadis, rapporté une poignée de ceps de vigne. Pour les faire pousser, bien exposés au soleil, il aurait abattu des chênes, en conservant le bois. Une année, sa récolte fut si abondante qu'il ne put la consommer en famille. Il aurait alors eu l'idée de construire un récipient de bois dans lequel il l'aurait versée. Quelques jours plus tard, il entendit chuchoter le jus, plongea son écuelle, goûta, goûta à nouveau, jusqu'à chanter toutes les notes de la gamme. Gamme ? Gamay ? C'est ainsi qu'il baptisa la boisson à laquelle il avait fortuitement donné naissance… La cave coopérative du Château de Chénas vinifie le ¼ de l'appellation.

Résultat ? Chénas, qui jouxte Juliénas, Moulin-à-Vent et Saint-Amour, couvre deux communes : Chénas (Rhône) et la Chapelle-de-Guinchay (Saône-et-Loire).

Sur les pentes mouvementées de l'appellation, exposée est- nord-est, le gamay produit le plus rare des crus du Beaujolais (280 ha, seulement), un vin fin et racé qui ne demande qu'à prendre quelques années de bouteille pour atteindre la perfection. Celle, dit-on d'une " gerbe de fleurs disposées dans une corbeille de velours ".