La Chapelle de l'Hôpital Pasteur de Colmar :

historique et architecture


La construction de l'Hôpital Pasteur


Dès 1824, la commission administrative de l'hospice civil de Colmar (l'ancien hôpital, place du 2 février) évoque la nécessité d'augmenter la capacité d'accueil de l'établissement, et d'améliorer les conditions d'hygiène des malades. Divers projets de transformation et d'agrandissement sont étudiés avec la Mairie.

En 1925, la décision est prise de construire un nouvel hôpital sur un terrain de 11 hectares situé à l'ouest de la ville, en prolongement de l'avenue de la Liberté. La commission administrative fait appel à M. Gustave Umbdenstock (né à Colmar en 1866), architecte du Gouvernement et professeur à l'École des Beaux-arts à Paris. Il propose un établissement de type pavillonnaire, les divers bâtiments étant reliés entre eux par des couloirs souterrains.
Extrait de la lettre de G.Umbdenstock du 1er mars 1926 :
"Croyez-vous qu'il soit possible de déterminer les divers services [...] ? L'importance de la chapelle catholique ou du petit temple protestant pourrait être envisagée. Faut-il prévoir quelque chose pour les israélites ? "

En 1928, la commission administrative décide d'engager un architecte "maison" pour lui confier l'élaboration de ce vaste projet. Le choix s'est porté sur William Vetter, d'origine suisse (né en 1902 à Berne), qui avait collaboré avec l'architecte parisien Auguste Perret, spécialiste du béton armé.

Extrait du mémoire descriptif de l'avant projet de M. Vetter, architecte en chef chargé de la construction du nouvel hôpital de Colmar :
" Situation des divers pavillons - Sur l'Avenue de la Liberté se trouvent, un peu en retrait, la maison des sœurs et le logement de l'aumônier, qui donnent au sud sur un "jardin des sœurs" clos et tranquille dans lequel sont placées les deux chapelles catholique et protestante.
Détails de construction - La construction est envisagée en ossature béton armé avec remplissage de briques; des espaces vides ménagés dans les cloisons de remplissage et l'emploi de matériaux isolants garantiront une isolation complète contre les échanges de température et la progression des bruits. "

L'Hôpital Louis Pasteur fut inauguré le 21 novembre 1937 en présence du Ministre de la Santé Publique.

Source : " L'Hôpital Louis Pasteur, 60 ans déjà... "
historique de Michel ROGEZ publié en Novembre 1997 par la Société d'Histoire des Hôpitaux Civils de Colmar.


Biographie : Gustave Umbdenstock

Gustave Umbdenstock est né à Colmar le 24 décembre 1866, et décédé à Paris le 16 novembre 1940. Après avoir fréquenté le lycée de Belfort, il entre à l'école des Beaux-Arts de Paris en août 1885, où il sera l'élève de Julien Azais Guadet. Architecte diplômé par le gouvernement en 1894, il se manifeste une première fois en Alsace en 1896. Il est en effet l'auteur, avec le sculpteur Louis Joseph Enderlin du monument élevé à la mémoire de Charles Grad à Turckheim.

Il épouse Jeanne Normand en 1897, et entame dès 1898 une brillante carrière d'enseignant à l'École des Beaux-Arts et à l'École Polytechnique. Il a été l'architecte du Palais des Armées de terre et de mer à l'Exposition Universelle de 1900.

En 1908, il dessine les plans du petit château Kiener (actuellement occupé par l'Inspection Académique) rue Henner, à Colmar. C'est lui également qui mis au point les devis et plans d'exécution de la Chambre de Commerce*.

Quant au projet de l'hôpital, il fit l'objet d'une convention entre l'architecte et le conseil d'administration des hospices civils de Colmar, dans laquelle il est stipulé que les plans devaient être fournis en totalité à la date du 1er mars 1928, et qu'ils deviendraient la propriété des hospices civils moyennant le payement d'une somme forfaitaire de 30.000 francs. Les choses en restèrent là. En fait, l'hôpital Louis Pasteur, inauguré en novembre 1937, a été conçu et réalisé par l'architecte suisse Willy Vetter.

A Colmar, Gustave Umbdenstock, champion du béton-armé, a encore été l'auteur de plusieurs maisons de cités ouvrières, dont trois construites rue Frédéric Kuhlmann (1928) ainsi que du manoir alsacien - le grand château - Kiener (1930).

En 1930, il a publié un "Cours d'Architecture" en deux volumes.
Membre de l'Institut, au titre des Beaux-Arts en 1935, il est nommé professeur honoraire en 1937.
Décédé à Paris le 16 novembre 1940, il a été inhumé à Fixin, en Côte d'Or, où il repose dans le caveau des Normand, sa belle-famille.
Cette même année 1940, Henri Bouchard avait modelé sa médaille. Elle est visible à l'atelier-musée Henri Bouchard à Paris (XVIe).

Quelques unes de ses autres réalisations :
- gare de Saint-Quentin
- gare de Chauny, dans l'Aisne
- gare d'Albert, dans la Somme
- gare de Senlis, dans l'Oise
- le pont du Carrousel (commencé en 1935)

* La Chambre de Commerce et d'Industrie de Colmar, construite en 1929, est inaugurée en 1930, deux ans après le décès du regretté président André Kiener. Notons au passage que les décors et allégories qui ornent le bâtiment dans la partie située au-dessus de l'entrée principale, sont l'œuvre du sculpteur Morlon, et que la décoration intérieure est due au peintre Labreux.

Source : Bernard Grandadam, "GUSTAVE UMBDENSTOCK, architecte, artiste, créateur. Essai de notice biographique", publié dans l'Annuaire de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Colmar, XL-1994. (Archives Municipales de Colmar).

UMBDENSTOCK Gustave, architecte, membre de l'Institut, artiste-peintre

Né à Colmar le 24.12.1866, décédé à Paris, VIIIe, le 16.11.1940. Fils de Gustave Umbdenstock, marchand de drap, et de Caroline Bicking. Marié le 22.06.1897 à Paris, VIe, avec Marie Charlotte Jeanne Normand (née à Fixin, Côte d'Or, le 11.01.1872). Études au lycée de Belfort, puis à l'École des Beaux-Arts de Paris. Architecte diplômé par le gouvernement en 1894, il réalisa en 1896, avec le statuaire Louis Joseph Enderlin, le monument dédié à Charles Grad à Turckheim. Nommé professeur adjoint à l'École des Beaux-Arts en 1898, il fut chargé par les ministères de la Guerre et de la Marine de la construction du Palais des armées de terre et de mer à l'Exposition universelle de 1900, à Paris, où il se vit décerner une médaille d'or. Également répétiteur d'architecture à l'École polytechnique à partir de 1901, il fut architecte en chef de la construction du palais de la France à l'Exposition de Saint-Louis aux États-Unis en 1904. A partir de 1905, il fit partie du jury des concours à l'École des Beaux-Arts, où il devint professeur chef d'atelier d'architecture. En 1908, il réalisa les plans du "petit château Kiener" (actuelle Inspection académique du Haut-Rhin) à Colmar. En 1910, il fut chargé de l'organisation de l'exposition de pisciculture au Grand Palais à Paris, ainsi que de la construction du pavillon de l'Algérie à l'Exposition de Bruxelles. Conjointement avec le sculpteur Philippe Hébert, il réalisa le monument au roi Édouard VII érigé à Montréal en 1914. 

Engagé volontaire en août 1914, il fut blessé à Verdun en 1916 et promu lieutenant en 1917. Nommé professeur titulaire à l'Ecole polytechnique (dont les élèves l'appelaient familièrement "le père Umb") en 1919, il y enseigna jusqu'en 1937, puis obtint l'honorariat. Architecte en chef du gouvernement et membre du Conseil des bâtiments et lycées de France au ministère de l'Instruction publique, il fut notamment chargé de la construction des lycées Victor Duruy et Louis Pasteur à Neuilly-sur-Seine. Il y réalisa également l'hôtel de la Chambre de commerce et d'industrie, ainsi que celui de Colmar en 1929-1930, après avoir signé le monument aux morts de sa ville natale en 1927. Cette année-là, Umbdenstock connut l'honneur, rarissime pour une personnalité vivante, de voir attribuer son nom à une rue de Colmar. Par ailleurs, Umbdenstock réalisa plusieurs stations et postes d'aiguillage pour la Compagnie des Chemins de Fer du Nord, reconstruisit les gares de Lens, Saint-Quentin, Senlis et Taverny, réalisa l'immeuble de la Banque d'Algérie à Alger. Il signa également le "grand château Kiener" à Colmar en 1930, et surtout le pont du Carrousel à Paris en 1935, date de sa réception à l'Académie des Beaux-Arts. 

Comme artiste-peintre, Umbdenstock exposa à plusieurs reprises au Salon des artistes français, qui lui décerna la première médaille d'or en 1924 et une médaille d'honneur en 1930. Excellent dans les dessins d'architecture et remarquable aquarelliste, il réalisa notamment des paysages au cours de ses voyages en France (Alsace, Bourgogne, Bretagne) et à l'étranger (Espagne, Italie, Maroc). Officier de la Légion d'honneur, croix de Guerre avec citation à l'ordre du corps d'armée, commandeur du Nicham Iftikar de Tunisie et titulaire de diverses autres décorations étrangères. Une médaille à son effigie, créée par Henri Bouchard, fut émise à Paris en 1940. 

Source : Jean-Marie Schmitt, Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne n° 37, Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie d'Alsace.   


Biographie : William Vetter

Né en 1902, fils d'un érudit bernois, il passe une partie de son enfance dans l'ancien couvent de Stein am Rhein. Il gardera toujours un port d'attache à Schaffhouse. Mais un seul horizon ne lui suffira jamais. A peine son diplôme du Poly de Zurich en poche, il part pour Paris chez Auguste Perret, qui sera désormais son maître et son credo. Des circonstances favorables font de lui le maître d'œuvre de l'Hôpital Louis Pasteur à Colmar, une de ces réalisations exemplaires où le classicisme de Perret donne ses lettres de noblesse au béton armé. Sans abandonner son domicile de Paris, rue Raynouard, un immeuble des frères Perret, il se construit une villa à Ammerschwihr, d'où la guerre le chasse vers Schaffhouse, mais aussi vers Genève, ville de naissance de sa femme.

En 1943, l'Etat de Vaud recourt à lui, à la réputation qu'il s'est acquise de spécialiste des hôpitaux, pour la construction, en association avec Jean-Pierre Vouga, du groupe opératoire de l'Hôpital cantonal.

Le souci de bien construire, dont il a appris la rigueur chez Perret, le conduit vers la préfabrication, non celle des façades, mais celle des structures. La cité d'habitation de Bocksriet, à Schaffhouse, en panneaux de bois porteurs, reste une œuvre de pionnier. A Lausanne, les premières préfabrications de béton, signées Vetter et Vouga, en seront la continuation.

Mais, bientôt, l'Organisation mondiale de la santé jette les yeux sur Vetter, qui va sillonner le monde jusqu'en Océanie, dispensant ses conseils pour la construction d'établissements hospitaliers de tous ordres, répondant chaque fois aux besoins et aux moyens particuliers des régions. Sa vision des objectifs à atteindre et sa juste appréciation des ressources et des contingences locales seront ses qualités exceptionnelles.

Source : Extrait d'un article de l'architecte Jean-Pierre Vouga paru lors du décès de William Vetter le 23 décembre 1986 à Crans-près-Céligny.

Willy VETTER, Architecte-Ingénieur (1902-1986)

Né à Berne le 16 janvier 1902, décédé le 23 décembre 1986 à Crans-Près-Céligny. A fait ses études à l'École Polytechnique de Zurich et de Stuttgart. Obtint le diplôme d'architecte-ingénieur en 1925. Pendant la dernière année d'études a travaillé au cabinet du Professeur Bonatz à Stuttgart (Bonatz était le maître d'œuvre de la construction des cliniques de l'hôpital de Strasbourg de 1906 à 1914). En 1926 Vetter se rend à Paris et rentre comme architecte à l'agence des frères Perret, faisant entreprise de béton armé en même temps, où il restera trois ans. Là il collabore à divers grands projets, en particulier à ceux des maisons Georges Braque, Chana Orloff, Méla Muller, et Aghion à Alexandrie (Égypte), au projet des frères Perret pour le concours du siège de la Société des Nations à Genève.

C'est pendant cette période que Willy Vetter se lie d'amitié avec les étudiants de l'Atelier du Palais de Bois qui, comme lui, sont employés à l'agence Perret, notamment avec ses compatriotes Oscar Nitzschké et Denis Honegger. En 1927 il a été lauréat du concours de la Bibliothèque Nationale à Berne.

C'est en 1929, au sortir de cette agence, que Willy Vetter construira sa première oeuvre personnelle, l'école d'infirmières de Montrouge, qu'il réalise en collaboration avec un autre architecte, disciple de Perret, José Imbert.

Durant la même année, Willy Vetter entreprendra les premières études de l'hôpital Pasteur de Colmar. 

Après la guerre 1940/1945, Willy Vetter a construit des hôpitaux dans divers pays du monde, notamment en Turquie, Indonésie, etc... Par la suite il a été nommé expert auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé.

Source : Plaquette publiée par les Hôpitaux Civils de Colmar, à l'occasion des Journées du Patrimoine des 21-22 septembre 2002

VETTER Willy, architecte

Né à Berne, Suisse, le 16.01.1902, décédé à Crans-près-Céligny, Suisse, le 23.12.1986. Obtint en 1925 le diplôme d'architecte-ingénieur après des études à l'École polytechnique de Zurich et de Stuttgart. Après avoir travaillé au cabinet de Paul Bonatz à Stuttgart (1925), il se rendit à Paris où il se vit offrir un poste d'architecte dans le cabinet des frères Perret (1926). Il participa à de grands projets comme la Maison Braque à Paris, XIVe, ou la Maison Aghion à Alexandrie, Égypte. En 1927, il fut primé lors du concours de la Bibliothèque nationale à Berne. En 1929, il construisit, de concert avec José Imbert, l'École des Infirmières de Montrouge, Hauts-de-Seine. Entre 1932 et 1937, il réalisa l'Hôpital Pasteur à Colmar, l'un des établissements les plus modernes de l'entre-deux-guerres. Il confia la construction de la chapelle de l'hôpital à l'architecte alsacien Charles Treiber. Après la dernière guerre, il entama une carrière internationale qui le conduisit notamment en Turquie et en Indonésie qu'il dota de grands établissements hospitaliers. Expert auprès de l'Organisation mondiale de la santé, il fit bénéficier cet organisme de sa vaste expérience.

Source : Théodore Rieger, Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne n° 38, Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie d'Alsace.   


Biographie : Charles Treiber

TREIBER Charles Georges Henri, architecte. Né à Schopperten le 23.04.1897, décédé à Strasbourg le 23.07.1963. Fils de Henri Treiber, instituteur, et d'Émilie Hof. Marié en 1925 à Strasbourg avec Berthe Sitz ; 2 enfants. Après des études secondaires au Gymnase protestant Jean Sturm à Strasbourg, il poursuivit sa formation au Polytechnikum de Darmstadt (1919). Dès 1920, il fréquenta l'école d'architecture créée par Paul Schmitthenner à Stuttgart. Devenu l'assistant du maître en 1924, il se dispensa de passer l'examen final, ce qui eut des conséquences sur le déroulement de sa carrière. 

Il construisit néanmoins la façade des bains thermaux de Bad Mergentheim (1926), dans le Bade-Wurtemberg, et réalisa, à partir de 1927, les bains thermaux de Warmbrunn en Silésie (aujourd'hui en Pologne). Handicapé par l'absence de diplôme, il revint en 1929 à Strasbourg où d'autres purent exécuter ses projets primés. De 1930 à 1934, il fut engagé par la Ville de Colmar pour participer à la construction de l'hôpital Pasteur dont les plans sont de l'architecte suisse W. Vetter, à l'exception de la chapelle qu'il a conçue lui-même. En revanche, la villa Stirnemann à Wintzenheim (1931-1934), marquée par l'influence d'Auguste Perret, est entièrement son oeuvre. 

En 1941, Richard Beblo, architecte de la ville de Strasbourg (Stadtbaudirektor) fit appel à ses services pour des travaux d'assainissement et d'élaboration de mesures d'urgence (Sofortmassnahmen) en cas de bombardement. Le concours, lancé par Speer, architecte d'Adolf Hitler et futur ministre, pour le "Nouveau Strasbourg", permit à Treiber de seconder Beblo, voire de le remplacer pour certains aspects d'un projet remarquable dans le contexte de l'époque. Après la Libération, Treiber travailla à la fois comme contractuel au service de la ville de Strasbourg et comme libéral. On lui doit à Strasbourg les projets pour des halls de la Foire-Exposition, le gymnase du lycée des Pontonniers, l'école maternelle de la rue des Veaux et le marché de Strasbourg-Neudorf. 

A partir de 1960, il se consacra uniquement à ses activités libérales. Son dernier projet, 152 appartements dans l'Allée des Déportés à Strasbourg, fut réalisé par son fils Jean-Paul (né à Turckheim le 31.12.1931), architecte et professeur à l'École d'architecture de Strasbourg. 

Source : Théodore Rieger, Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne n° 37, Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie d'Alsace.   


La construction de la Chapelle Catholique


La chapelle catholique en chantier - Janvier 1935

Source : Michel Rogez,
Société d'Histoire des Hôpitaux Civils de Colmar

Le maître-autel d'origine, situé au fond du chœur,
était constitué d'un bâti de briques habillé de comblanchien.
Photo : archives de l'aumônerie de l'hôpital

Le nouvel autel en pierre (photo ci-dessous)
a été conçu et réalisé vers 1967 par Joseph Saur d'Oberhergheim.
Des pièces de monnaie y sont incrustées. On peut également y lire
le nom des principaux témoins de sa consécration.
Source : Abbé Gilbert G'Styr,
ancien aumônier catholique de l'Hôpital Pasteur

La nouvelle chapelle a été bénite le 6 novembre 1937,
ainsi que les deux petites cloches du campanile.
Les 3 éclairages situés au-dessus de l'autel étaient à l'origine des "cheminées"
destinées à capter la lumière du jour. Ces ouvertures ont été supprimées
pour des raisons techniques (condensation et gouttes d'eau sur l'autel...).
Source : Bulletin Emmanuel N° 76 - Octobre 1977 / Aumônier Gilbert G'Styr.

Photo Guy Frank - Juillet 2001


L'influence d'Auguste Perret


Le style de la Chapelle de l'Hôpital Pasteur de Colmar est fortement influencé par le "maître" de William Vetter, l'architecte parisien Auguste Perret (1874-1954), père du béton armé.
On trouve ainsi une ressemblance frappante entre la Chapelle de la Trinité construite à Colmar par W. Vetter et deux églises conçues par Auguste Perret :
- l'église Notre-Dame du Raincy
- l'église-phare Saint-Joseph du Havre.

L'Église Notre-Dame, Le Raincy (Seine-Saint-Denis)

Propriété d'une association.
Historique :
Église construite à l'initiative du curé doyen du Raincy, l'abbé Félix Nègre. Commencée en avril 1922 et consacrée le 17 juin 1923, l'église est l'œuvre de l'agence des frères Auguste et Gustave Perret. Cette "Sainte-Chapelle du béton armé" est considérée comme la première église "moderne" en France, construite (à l'économie) en béton armé (de mauvaise qualité). Les vitraux sont réalisés par le maître verrier Marguerite Huré sur des cartons de Maurice Denis pour les parties figurées ; les parties décoratives sont entièrement créées par Marguerite Huré. L'une des dix grandes verrières, le vitrail de la bataille de la Marne, dit de "La Vierge aux Taxis", représente des taxis, des "poilus" et des généraux, souvenirs de la victoire de l'Ourcq et du départ du Raincy, en septembre 1914, d'une des colonnes des taxis de la Marne. L'édifice a été protégé lors d'une série de protections de l'œuvre des frères Perret. Entre 1988 et 1996, le gros œuvre de l'église et le décor des vitraux ont été entièrement restaurés. La restauration des vitraux a été réalisée par l'atelier Durand.
Source : Ministère de la Culture - Expositions virtuelles
(Mille Monuments du XXe Siècle en France - Le patrimoine protégé au titre des monuments historiques).

Photos Maarten de Smit, 1999

L'Église Saint-Joseph, Le Havre (Seine-Maritime)

Propriété de la commune.
Historique :
La première église Saint-Joseph, datant de 1873, est détruite lors des bombardements du 5 septembre 1944. La nouvelle église paroissiale, dédiée à la mémoire des victimes de ces bombardements, est construite par Auguste Perret, architecte en chef chargé de la reconstruction du Havre, et Raymond Audigier, architecte havrais. Commencé en 1951, le gros œuvre de l'église est terminé en 1957, trois ans après la mort de Perret. L'église est consacrée en 1964. Réalisé en béton armé et conçu sur un plan basé sur des modules carrés, l'édifice est surmonté d'une tour de 107 mètres de hauteur, "phare spirituel de la cité". Les verrières de cette tour, aux couleurs symboliques, dues au maître verrier Marguerite Huré, sont posées par la maison Freret et Garel du Havre. L'église a été protégée en 1965 à la demande de la Société des Amis d'Auguste Perret.
Source : Ministère de la Culture - Expositions virtuelles (Mille Monuments du XXe Siècle en France - Le patrimoine protégé au titre des monuments historiques).

Le numéro 903 de mars-avril 1992 de la "Revue Saint-Joseph d'Allex" consacre une dizaine de pages, abondamment illustrées, à l'église Saint-Joseph du Havre, dont sont extraites les trois photos ci-dessus.

Biographie : Auguste Perret

Auguste Perret (1874-1954), né à Ixelles en Belgique, s'engage très tôt, avec son frère Gustave, dans l'entreprise familiale de maçonnerie fondée par leur père.
Il fait des études à l'école nationale et spéciale des Beaux Arts, section Architecture.
A l'Exposition Universelle de 1900 à Paris, les deux frères fréquentent les chantiers où l'on construit des structures en béton armé.
En 1906, une circulaire ministérielle fixe les conditions d'emploi et la méthode de calcul du béton armé.
Désormais les frères Perret adoptent le béton armé.
Auguste Perret se consacre également à une activité d'enseignement dans un atelier qu'il a créé, activité qu'il poursuivra en 1929-1930 à l'école spéciale d'Architecture.

Principales œuvres :
- 1903 Plans immeuble au 25 bis Rue Franklin à Paris
- 1906 Garage de la Société Ponthieu-Automobiles de Paris
- 1908 Cathédrale d'Oran
- 1911-1913 Théâtre des Champs-Élysées classé Monument Historique
- 1922-1923 Église Notre-Dame du Raincy
- 1924-1925 Tour d'orientation de Grenoble
- 1928-1930 Immeuble au 51-55 Rue Raynouard à Paris
- 1928-1831 Siège du service technique des constructions navales de la Marine Nationale
- 1930 Immeuble Rue Nungesser et Coli
- 1932 Arsenal du port de Toulon
- 1942-1948 Reconstruction de la place Alphonse-Fiquet à Amiens
- 1945 Reconstruction du centre du Havre.

Source : Riches Heures du Patrimoine - Grenoble Pôle Européen Universitaire et Scientifique - Nov. 1995

Auguste PERRET (1874-1954)

Fils d'un maçon communard exilé en Belgique, il entreprit à l'École des Beaux Arts de Paris des études d'architecture avec ses frères Gustave (1876-1952) et Claude (1880-1960), qui furent ensuite ses associés. 

Par l'usage qu'il fit du béton armé dans un immeuble construit en 1903 rue Franklin, il s'affirma d'emblée comme un novateur, en adoptant un plan flexible et en cherchant, contrairement à Hennebique dans l'immeuble de la rue Danton, à tirer des conséquences formelles de l'emploi du nouveau matériau ; il évita notamment de masquer totalement la structure portante qui contraste ainsi avec les panneaux de remplissage. Dans le Théâtre des Champs-Élysées, la disposition des revêtements de marbre suggère la structure, et à l'intérieur, l'emploi de poteaux en béton permet de dégager l'espace. Perret tentait de retrouver dans une structure fonctionnelle spécifique au matériau, le souvenir des ordres, des proportions, des modénatures, des effets d'équilibre et de symétrie de l'architecture classique (Musée des Travaux Publics, 1937 ; Mobilier National ; Centre de Saclay). Sa maîtrise technique s'affirma dans des édifices industriels (entrepôt à Casablanca avec couverture en voile mince, 1915). 

Après la guerre il fut notamment chargé de la reconstruction du Havre. Il joua un rôle historique de premier plan dans l'élaboration de l'architecture contemporaine, en systématisant l'usage du béton armé et en prônant la standardisation.  

Source : Plaquette publiée par les Hôpitaux Civils de Colmar, à l'occasion des Journées du Patrimoine des 21-22 septembre 2002


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