Charles
Ingold à Lyon en 1942, en compagnie de Paul Hirlemann (collection Paul
Hirlemann)
Qui aurait pu deviner que sous la silhouette moyenne et modeste de notre sympathique concitoyen Charles Ingold, né à Wintzenheim le 22 juin 1922, se cachait un si grand et si glorieux héros ? Quatre années se sont déjà écoulées depuis que notre patrie et notre province ont été libérées du joug allemand, et ce n’est que maintenant que Charles Ingold a été décoré en notre mairie, sur ordre du roi d’Angleterre, par le Consul Général de Strasbourg, de la Médaille Royale "Kings Medal for courage"
La cérémonie commença à midi dans la grande salle de la mairie. S'étaient rassemblés MM. le Consul Général et son épouse, le Général Fonlupt, représentant la Préfecture, Me Kalb de Colmar, vice-président du Conseil de la République, Borocco, adjoint au Maire de Colmar, le Haut-Commissaire de Colmar, Heitzler, adjoint au Maire de Turckheim, le Maire Bouillon, Freydrich et Bruder, adjoints de l’annexe de Logelbach, des représentants de la gendarmerie, des représentants du réseau "Kléber" et "Famille Martin", de l’Union des Invalides, la famille de Charles Ingold et le personnel communal.
Monsieur le Maire Bouillon ouvrit la cérémonie en souhaitant chaleureusement la bienvenue au nom de la commune aux hautes personnalités, aux invités, aux amis, collaborateurs et frères d'armes du Lieutenant Noël (Charles Ingold) et à son cercle familial rassemblé ce jour.
Ensuite l'orateur fit le récit de la vie du héros. En 1940, lorsque l’Alsace fut occupée, il avait 18 ans et se mit à la disposition de la "Résistance Française". Ainsi il entra en relation avec le "Réseau Kléber" et "Famille Martin" et ne manqua aucune occasion pour servir de "passeur" à des Alsaciens en danger afin de les faire passer au-delà des Vosges ou en Suisse. Dénoncé, il aurait dû être arrêté. Mais grâce à la famille Scandela (Bernard et Antoinette) d’Orbey, il fut averti du danger imminent et se réfugia chez un oncle près de la frontière helvétique, où, bien orienté, il put passer en Suisse. Il revint en France et s’engagea au 159e R.I. à Grenoble le 7 août 1941. Il y resta jusqu’à la dissolution de cette unité le 28 novembre 1942.
Après l’occupation totale de la France, Charles Ingold ne perd pas courage. Dès le 30 novembre 1942 il rejoint le mouvement de Résistance de Lyon et environs. Il rencontre des Wintzenheimois, Robert Clor, Charles Joerg, René Schmitt qui le rejoignent courageusement.
Plus tard Charles Ingold est muté comme adjoint au réseau de transmission "Action pour la zone sud et pour la zone nord" où ses services et son engagement courageux en tant que "Lieutenant Noël" lui valurent la haute distinction. Plusieurs fois arrêté et interrogé par la police allemande, il trouve toujours des subterfuges. Finalement, alors que la Gestapo le recherche par tous les moyens, il est envoyé à Alger le 5 juin 1944.
Arrivé à Londres, il s’engage dans les FFI qui, après la reconquête d’une partie de la France, sont transférées à Paris. On retrouve le Lieutenant Noël au Service de Renseignements dans l’Est, dans la région de Strasbourg, puis à Mulhouse où il crée un Service de Renseignements avec le Capitaine Oberlé. Il traverse l’Allemagne jusqu’en Autriche avec les armées victorieuses.
En juin 1945 il est affecté au "Service de Renseignements Opérations" et fait partie de la 10e D.I. En juillet 1946 il fait sa demande de démobilisation et retourne dans la maison paternelle.
Le Consul Général, se leva et vanta la collaboration entre la France et l'Angleterre pour une Europe libre. Il fallait de grands hommes pour réussir cette Libération, et le Lieutenant Noël, grand Français et fier Alsacien, en fait partie. Le Roi d’Angleterre a eu connaissance de ces hauts faits et a chargé le Consul Général de remettre personnellement la médaille royale à ce héros.
C’est ainsi que se déroula cette cérémonie dans la salle brillamment illuminée et décorée de drapeaux français et anglais. Pour conclure le Consul Général lut la citation attribuée à Charles Ingold :
Le Lieutenant Noël a assumé le 1er décembre 1942 l'organisation des liaisons pour le quartier général des émissions de T.S.F. pour le sud de la France. Une grande partie du matériel destiné pour tous les réseaux du pays fut parachuté près de Lyon, où il y avait bon nombre de terrains d'atterrissage utilisables. Travaillant avec Lyon pour centre, le Lieutenant Noël eut la mission dangereuse de transporter les appareils émetteurs et les pièces de rechange à divers entrepôts secrets et ensuite, au fur et à mesure des besoins, dans toutes les parties du pays, non seulement au sud, mais aussi bien au nord de la ligne de démarcation. A six reprises il fut arrêté par la police, mais à chaque occasion il s'est débrouillé pour passer à travers les mailles des Services de contrôle. A la suite d'une série d'arrestations dans la région de Lyon, et la Gestapo le recherchant activement, le Lieutenant Noël fut envoyé à Alger en Juin 1944. Ces faits furent portés à la connaissance de Sa Majesté le Roi Georges VI, qui ordonna que le Lieutenant Noël soit décoré de la Médaille du Roi pour conduite valeureuse dans la cause de la liberté.
Source : Auszeichnungsfeier eines Kriegshelden, article de presse de mars 1949 (traduit par Jacqueline Strub)
Charles
Ingold en 1943 chez Charles Joerg à l'Ile Roy (Fontaines-sur-Saône près de
Lyon). De gauche à droite : Charles Joerg, Charles Ingold (devant), Léon Meyer
(derrière), Marguerite Joerg, Paul Hirlemann, Odette Joerg, Lucien Klinger,
Charles Roeslé de Hattstatt (collection Paul Hirlemann)
Charles Ingold est agent du B.C.R.A. Après l'invasion de la zone sud par les Allemands, il donne son aide à Lyon pour l'installation d'un dépôt d'armes, de documents, de matériels et de postes émetteurs, dans le local de la charcuterie-comptoir-épicerie des époux Woehrlé, 156 rue de Créqui.
Source : Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours, 2824 engagements, Bruno Permezel, 2003
Charles Ingold faisait partie du B.C.R.A. comme Paul Hirlemann, Robert Clor et René Schmitt. Après l'arrestation de Robert Clor et de René Schmitt, Charles Ingold eut la chance de pouvoir quitter la région lyonnaise à bord d'un avion anglais, un Lysander, qui s'était posé pendant la nuit sur un terrain clandestin de l'Ain et qui l'a emmené à Londres via Alger.
Source : Un Colmarien (Robert Clor) dans les griffes de Klaus Barbie, L'Alsace du 17 mai 1984
L'Alsace n'étant pas encore libérée à fin 1944, Charles Ingold a effectué plusieurs missions de renseignements sous son pseudonyme "Lieutenant René Noël" pour le compte de la D.G.E.R. (Direction Générale des Études et Recherches) jusqu'à sa démobilisation. Il a participé à ce titre à la libération de Nancy, de Strasbourg, de Mulhouse et de Colmar, et accompagné les troupes françaises en Allemagne.
Source : L'Alsace du 14 Juillet 2002
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